Arabie saoudite : Mohammed ben Salman face à une impasse stratégique

Arabie saoudite : Mohammed ben Salman face à une impasse stratégique

L'Arabie saoudite a de nouveau été visée mardi 13 octobre par des tirs attribués aux rebelles houthis du Yémen. Ces derniers jours, le mouvement yéménite a multiplié les frappes meurtrières contre le royaume, plongeant le pays dans une situation extrêmement difficile. Le prince héritier Mohammed ben Salman, dirigeant de fait depuis plus de dix ans, traverse sa plus grave épreuve.

Un bilan économique menacé

Officiellement, Mohammed ben Salman ne règne pas encore, son père le roi Salman étant toujours en vie. Mais il a déjà transformé le visage de son pays. Surnommé « MBS », il est l'architecte du plan Vision 2030, conçu pour réduire la dépendance de l'Arabie saoudite au pétrole. Un défi immense pour un royaume qui a bâti sa richesse sur l'or noir. Son image reste toutefois entachée par l'assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi en 2018, même si les alliés occidentaux lui ont rapidement redonné leur confiance pour des raisons stratégiques et économiques.

Aujourd'hui, l'Arabie saoudite et ses voisins du Golfe sont précipités dans le chaos déclenché par la guerre américano-israélienne contre l'Iran. Les rebelles houthis du Yémen frappent durement le sol saoudien, réveillant un conflit que Mohammed ben Salman avait cru régler en 2015, lorsqu'il était intervenu militairement, sans succès. Aéroports, installations pétrolières : le royaume est attaqué sur ses sites stratégiques. Ses ambitions sont menacées.

Des projets phares revus à la baisse

Selon le FMI, l'activité économique du royaume devrait reculer cette année. Les voyants sont défavorables pour MBS. La France a classé l'Arabie saoudite en orange – déconseillée aux voyageurs – par le Quai d'Orsay. Un cauchemar pour le prince héritier. « L'Arabie saoudite se retrouve un peu bloquée géographiquement, économiquement. Elle est bloquée, dépendante pour sortir sa principale richesse : le pétrole », analyse Guillaume Fourmont, rédacteur en chef de la revue Carto. Le détroit d'Ormuz tourne au ralenti, celui de Bab el-Mandeb côté ouest est incertain, Riyad et son aéroport sont sous les bombes et des projets tombent à l'eau.

« Il faut mieux regarder plutôt les grands projets qu'il avait imaginés dans la Vision 2030 en Arabie saoudite », note également Guillaume Fourmont. « Par exemple, The Line, projet phare, ville du futur en forme de ligne qui ne fera finalement que deux ou trois kilomètres contre plus de 150 prévus avant. Les Saoudiens sont dans une impasse stratégique. Mohammed ben Salman est dans une impasse un peu compliquée. »

Des vols suspendus et un allié américain attendu

D'autant plus compliqué que l'allié américain se fait désirer. De nombreuses compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers Riyad, dont Air France. Une décision qui isole un peu plus le royaume et complique les déplacements.

Pour les lecteurs français, ces événements ont des répercussions directes : la suspension des vols d'Air France vers Riyad perturbe les voyageurs et les entreprises françaises présentes dans le royaume. La classification orange du Quai d'Orsay déconseille les déplacements, ce qui pourrait affecter les échanges économiques et touristiques. La France, comme d'autres pays, suit de près l'évolution de la situation dans une région où ses intérêts stratégiques et énergétiques sont importants.

Perspectives incertaines

L'Arabie saoudite se trouve donc à un tournant. Les attaques houthies et le conflit américano-israélien contre l'Iran menacent les grands paris économiques de Mohammed ben Salman. Si le prince héritier a déjà changé le visage de son pays, il doit désormais faire face à une impasse géographique et économique. La dépendance au pétrole reste un handicap majeur, et les projets de diversification sont compromis. L'issue de cette crise déterminera non seulement l'avenir du royaume, mais aussi la stabilité de toute la région du Golfe.

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